La peste jaune

Nicolas Poussin – La Peste à Ashdod

Il y eut la peste noire, puis vint la peste brune… voici la peste jaune… Un mal que le Ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la Terre… la Peste, puisqu’il faut l’appeler par son nom, capable d’enrichir en un jour l’Achéron, faisait aux gouvernants la guerre… ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés…

Dans sa suite présidentielle à Buenos- Aires, le Petit Marquis Poudré, pensif, mettait nerveusement la dernière touche à la rédaction de son communiqué dans une crise lointaine qu’il imaginait naïvement pouvoir éteindre rapidement… il lui suffirait d’apparaître sur les écrans pour jeter l’anathème sur cette ‘chienlit’ toute gaullienne, devenue simple ‘chaos’ dans le vocabulaire châtié de nos énarques décalés.

Le G20 est une réunion trop importante, même s’il n’en sort jamais rien, que pour décider soudainement de s’absenter au prétexte que quelques milliers de gueux en haillons prendraient possession de l’Arc de Triomphe… Un monument sacré, à la gloire de Napoléon, devenu Mémorial du Soldat Inconnu pour qui brûle la flamme éternelle de la Patrie, pour une fois reconnaissante… Toute une symbolique donc, conçue en 1806 dans les fleuves de sang du peuple combattant… Rien de comparable avec la prise de la sinistre Bastille en juillet 1789… on ne mélange pas les torchons et les serviettes.

Pendant qu’on remaquillait le Petit Marquis Poudré, Donald Trump quittait la séance inaugurale du G20 pour saluer la mémoire de George Bush décédé à 94 ans, décréter une journée de deuil national à l’occasion de la mort de son meilleur ennemi… l’Amérique va donc célébrer dignement la mort de ce héros, devenu national depuis son décès… il est de bon ton de considérer George Bush comme un très grand Président.

Ce n’est certainement pas mon avis même s’il semble que George Bush ait eu une conduite exemplaire comme pilote de l’air durant la bataille du Pacifique… on racontait d’ailleurs le même genre d’histoire au sujet de John Kennedy au commandement de Marines durant divers débarquements… Kennedy, au moins, n’aura pas déclenché les guerres qu’il envisageait… Avec George Bush, nous avons eu droit à la plus belle accumulation de mensonges pour pouvoir déclencher la Tempête du Désert sur la tête du tyran, Saddam Hussein…

Grâce à George Bush, nous avons déstabilisé tout le Moyen-Orient qui n’est plus en 2018 qu’une région de misère et de gravats… profitant de ses postes de Vice-Président sous Ronald Reagan avant de devenir lui-même Président des Etats-Unis, le héros belliqueux est surtout devenu milliardaire dans l’industrie du pétrole, ce qui n’explique nullement son intérêt pour des régions comme le Kowei t, l’Irak, la Lybie ou l’Arabie Saoudite…

Il faut avoir l’esprit fort mal tourné pour y voir une quelconque coïncidence alors que le peuple des bœufs américains, habilement manipulé, n’y voit qu’un vieux Patriarche, amoureux de sa douce Barbara, pieux protestant dans la secte des hallucinés de Billy Graham, père de deux fils exceptionnels qui assurent opportunément l’héritage du nom ‘Bush’ aux niveaux politiques les plus élevés.

Le fils achèvera même l’œuvre du père en poussant ses forces armées jusque à Bagdad pour que le bordel devienne total au nom de ‘l’Axe du Bien’ dont ce grand peuple démocratique s’est fait le gardien sur toute la planète… Avec de tels Présidents, la peste jaune ne vient pas d’en bas mais elle prend sa source d’abondance dans les bureaux lambrissés de la Maison Blanche à Washington.

Le Petit Marquis Poudré sait tout cela… il a bien retenu ses leçons de géopolitique apprises à l’ENA, l’Ecole Nationale d’Administration, avant de côtoyer la banque d’affaires des richissimes Rothschild… de rusés renards qui financent ses campagnes électorales pour conseiller François Hollande d’abord, pour le larguer ensuite… Mais s’il est un sujet que les énarques ignorent complètement, c’est bien celui des justes révoltes des peuples en colère alors que leurs brillantes intelligences théoriques étaient forcément censées pouvoir aisément les maîtriser.

Perdu dans ses pensées, le Petit Marquis Poudré ne trouve plus les mots, ne comprend plus rien, perd les pédales, accumule les gaffes rhétoriques tout en filant habilement la patate chaude à son Premier Ministre, Edouard Philippe… Il servira de fusible si la situation devait dégénérer… Ce fidèle de la Macronie vérifie déjà les fusées de son siège éjectable, conscient du fait que son cher Président n’hésitera pas à l’immoler le moment venu sur l’autel des sacrifices.

Bref, la stratégie a été clairement définie… ne rien céder, ne rien reconnaître, confondre les effets et la cause, accuser les extrémismes de tous bords, dénoncer les graves atteintes à l’ordre public, prêcher le dialogue avec quiconque, instrumentaliser le mouvement, faire peur aux bourgeois, aux commerçants, qui ont une sainte horreur du chaos tant il nuit à leurs affaires mercantiles.

Les grandes causes n’ont jamais intéressé l’ordre établi qui s’engraisse sur le dos des classes laborieuses… depuis Spartacus, les révoltes d’esclaves sont réprimées dans le sang, la torture, la brutalité, les croix, les bûchers, les gibets, de tous les pouvoirs dominants…

le Petit Marquis Poudré hésite encore à engager l’armée… il mène ses consultations, récemment encore avec Tête d’Oeuf, ce petit Belge qui ne sort pas de l’ENA, d’où un  embryon de pragmatisme dissimulé sous plusieurs couches de langue de bois apprises à la veillée, en famille au coin d’une bonne flambée.

Spartacus at Bolshoi in Moskow October 2013 – Bengt Nyman

Bien au chaud dans mon salon cossu, j’observe sur les chaînes de télévision les derniers débordements de Gilets Jaunes Inciviques, au moins dans leur composante de casseurs infiltrés… Je ne voudrais pas prendre le moindre risque d’un mauvais coup de matraque, d’une arrestation administrative, d’un aveuglement aux gaz lacrymogènes, d’un tir de canons à eaux qui détremperait ma tenue de combat.

On ne fait pourtant pas d’omelette sans casser des œufs… je soutiens donc une cause juste, mais à bonne distance, avec ma plume de lâche qui laisse volontiers au bon peuple souverain le plaisir d’aller se faire casser la gueule pour défendre ses revendications… Après tout, j’ai suffisamment profité du système que pour me retenir d’aller cracher dans la soupe au choux… on pourrait trop aisément m’en faire le grief mérité.

La roture se bat dans la rue, le bourgeois rédige dans son salon. (VC 1.1)

Vilain Coco

Un commentaire

Laisser un commentaire