Noël 2018

On aime ou on n’aime pas les fêtes de fin d’année… Personnellement, je les déteste mais elles ont cette année une saveur toute particulière… en finir avec ce 2018 pourri consacré à la mise en place de toutes les ficelles qui doivent permettre au vieil artiste de remonter en selle, de venger les outrages, de retrouver le statut victorieux que des gredins pensaient pouvoir me dérober.

Dans l’esprit du bon peuple, Noël reste bien la fête des familles réunies autour du sapin, roi des forêts, pour partager les cadeaux achetés à grands frais dans les boutiques mercantiles de la merveilleuse économie du village global… le ‘consumérisme vorace’ fustigé par notre bon Pape François… Pour moi, Noël n’est plus que la nostalgie de mes lointains souvenirs de jeunesse quand nous nous rendions en famille à la messe de minuit au Sacré-Cœur d’Ixelles chez la sœur aînée de ma mère, ma tante Geneviève de Thier, Révérende Mère Supérieure de cet institut pour jeunes-filles bien nées.

Les religieuses du Sacré-Cœur étaient alors aux jeunes-filles ce que les Jésuites étaient aux garçons avant que les collèges ne deviennent soudainement mixtes… une hérésie supplémentaire dans un océan de cornichonneries catholiques… Autrefois, nous faisions la sortie du Lycée Léonie de Waha à Liège, de Saint-André ou de l’Athénée d’Uccle à Bruxelles pour flirter avec l’âme-sœur… que de temps perdu alors que les fleurs vous sont dorénavant livrées dans la classe commune.

Dès la puberté boutonneuse, les générations qui nous suivront pourront maintenant satisfaire leurs irrésistibles pulsions adolescentes sur les bancs mêmes du collège qui sera le leur… inutile de vous préciser qu’une nouvelle dramaturgie cornélienne se prépare dans le secret des fourrés… la mixité est une avancée spectaculaire sur les chemins dangereux de la joyeuse copulation entre adolescentes immatures, enceintées par des petits mâles imbéciles dont la bite en drapeau tiendra déjà lieu de cerveau.

Mais foin de cette digression pour revenir à cette messe de minuit qui comptait en fait trois messes successives pour bien marquer la solennité de la Nativité… Des invités triés sur le volet étaient acceptés dans la chapelle du Sacré-Cœur, généralement des proches des religieuses… Elles attendaient que tout le monde soit bien installé avant de faire une entrée remarquable et remarquée… un long cortège silencieux de fantômes noirs, voilées, en cornettes blanches qui rejoignaient lentement leurs stalles sises le long des murs latéraux de la chapelle.

Spectacle impressionnant pour le gamin que j’étais, qui ne se posait pas la moindre question sur ce rituel qui m’apparaissait encore comme parfaitement normal… A minuit précise, les cloches du couvent sonnaient à toutes volées tandis que s’élevait vers le ciel le fameux… ‘Minuit, Chrétiens’… entonné dans les aigus pour les religieuses, dans les basses pour l’assistance dont chaque membre disposait sur sa chaise de quelques feuillets rappelant les paroles des chants successifs.

Minuit, Chrétiens, c’est l’heure solennelle
Où l’Homme Dieu descendit jusqu’à nous
Pour effacer la tache originelle
Et de son Père arrêter le courroux
Le monde entier tressaille d’espérance
A cette nuit qui lui donne un Sauveur
Peuple à genoux, attends ta délivrance
Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur
Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur

Les paroles sont clairement stupides mais la musique est assez jolie, en tout cas propice à l’exaltation hypnotique que ces rituels religieux sont censés produire sur la fervente assistance… bien plus tard, je me suis débarrassé de ces croyances absurdes mais j’en ai toujours gardé le goût du sacré, du sacrilège, de l’introspection, des ruminations solitaires qui ressemblent à une prière, des rituels soignés qui accompagnent souvent les œuvres humaines réussies.

Il est d’usage de présenter ses vœux de joyeux Noël à nos proches… En bon Patriarche, je n’ai donc pas failli à ma mission dans la tradition… ce n’était pourtant pas facile alors que cette famille haineuse n’est même pas fichue de respecter les accords, purement financiers, signés par mon fils aîné le 21 juin dernier en présence de mon ami Jean Kaisin… Maintenant que mes trois enfants ont obtenu la récente donation de ma villa de Lasne, en signant un bail à vie à leur adorable mère, ils n’ont plus aucune raison de feindre une affection hypocrite envers un père à qui ils doivent rigoureusement tout.

Sans surprise, je n’ai pas eu la moindre réponse sauf celle de ma petite-fille, Victoria De Kepper-Logé, avec qui je déjeunerai encore ce mercredi… Elle sera bien la seule à accompagner son grand-père dans son calvaire vers une proche résurrection… comme le bon larron du Golgotha, elle ne le regrettera pas… il est vrai que Victoria est de fort loin la plus intelligente de cette grande famille hébraïque même si ce n’est pas là une de ses performances les plus exceptionnelles… au pays des aveugles, les borgnes sont rois.

Bref, j’ai passé ce Noël 2018 dans ma nouvelle famille reconstituée, celle qui m’aura réservé cet accueil chaleureux dont j’avais besoin derrière ma carapace d’indifférence apparente… derrière l’armure lisse se cache un bouillonnement de sentiments mélangés que je préfère garder pour moi… Mais que ceux qui m’ont ouvert cette porte que d’autres me claquaient au nez, que ceux-là sachent que je n’oublierai jamais l’affection dont ils m’ont entouré quand le vent était contraire.

2019 ne peut pas être pire que 2018… le vent tourne… je le sens bien ce vent arrière qui gonfle mes voiles ouvertes en papillon, vers les grands accomplissements que j’appelle de mes vœux pour moi comme pour ces proches, ceux qui m’ont accompagné dans cette traversée de montagnes considérées comme infranchissables… Hannibal le Carthaginois avait bien traversé les Alpes enneigées avec ses éléphants.

Un entrepreneur ne contourne pas les obstacles, il les renverse. (VC 1.1)

Vilain Coco

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