2018 est mort, vivons 2019

La bienséance, la bonne éducation, la politesse, l’amitié l’exige… il faut se souhaiter la bonne année… je me plie volontiers à cette tradition bourgeoise, une soupe aux choux dans laquelle je patauge depuis ma plus tendre enfance… élevé au marteau jésuitique, je ne me débarrasserai jamais de ces conduites innées que mes conduites acquises combattent vigoureusement sans espérer remporter une victoire définitive.

Soyons tout de même de bon compte… si le marteau marque indubitablement mon adolescence, je n’en ai pas tellement souffert avec cet avantage déterminant de connaître les deux facettes du décor de la tragi-comédie… comme le disait ma pauvre mère décédée… ‘Tu bouffes du curé à chaque repas, alors qu’ils ne t’ont fait que du bien… sans eux, tu n’en serais pas là.’… Argument-massue devant lequel il ne me restait qu’à m’incliner en maugréant quelques insanités qu’elle faisait d’ailleurs semblant de ne pas entendre.

Je vais donc vous souhaiter à tous cette bonne année 2019 comme je vous l’avais déjà fait pour 2018… Mais finalement, cette année 2018 fut-elle bonne ? Comme de coutume, c’est un bilan qu’il faut prendre en considération… un bilan c’est une balance… une balance actif-passif avec un résultat positif, négatif ou nul… 2018, globalement, ne me semble pas une année de garde digne d’être conservée… trop de catastrophes climatiques, trop de terrorisme, trop d’injustices, trop d’indécisions, trop de temps perdu, trop de tout, pas assez de ces petits riens qui construisent le sentiment passager du bonheur.

Sans avoir eu trop à m’en plaindre, 2018 ne me laissera pas un souvenir impérissable… une année banale consacrée à la mise en place des bonnes stratégies de demain… Demain, toujours demain alors que se pose régulièrement une autre question lancinante… Combien de demains encore ? Pierre Neuville m’en annonce 10.000 dans ses conseils littéraires visant à nous offrir le bonheur… En payant une prime raisonnable, je signerais volontiers une police d’assurance pour 5.000 lendemains garantis, abandonnant les 5.000 suivants à d’autres demandeurs.

Au plan boursier, les épargnants devraient se méfier des finales 8 et 9… Ce sont de mauvais millésimes… 2008 était une catastrophe, 2018 en est assez proche, 2019 ne s’annonce guère meilleur… 2028 est trop lointain pour ma boule de cristal qui ne travaille qu’à l’échelle du quinquennat…on se souvient tous des grands plans quinquennaux de Joseph Staline, le Petit Père des Peuples… ils ne furent jamais que des échecs retentissants.

Toutes ces grandes planifications économiques ne sont que des exercices de manipulation des masses imbéciles qu’il faut enfumer pour emporter leurs adhésions à des utopies qui n’ont ni queues ni têtes… Plus c’est compliqué ou incompréhensible pour le commun des mortels, plus vous pouvez être certain qu’on est en train de vous jouer un air de mandoline.

Depuis les ‘Golden Sixties’, nous vivons en crise permanente… 1973 – 1978, les deux chocs pétroliers… octobre 1987, krach actions et obligations… 1989, les junk-bonds… 1990, invasion du Koweit… 1992-1993, crise du système monétaire européen… Krach boursier de 2001-2002… En 2008, crise des subprimes… 2018, bérésina boursière… ceci pour un rapide survol général qui ne tient même pas compte des nombreuses crises monétaires locales… Grèce, Espagne, Italie, France, Allemagne, Turquie, Chine, Russie, Argentine, Brésil, Mexique, Vénézuela.

Si vous y ajoutez toutes les guerres menées au Moyen-Orient comme en Afrique, le terrorisme islamique, l’immigration, le réchauffement climatique, les pollutions, la faim, la misère, les épidémies sanitaires, les camps de réfugiés, vous obtenez un tableau proprement sinistre d’une situation catastrophique que nos apprentis-sorciers sont parfaitement incapables de maîtriser… le gigantisme global a créé le monstre, le Minotaure du Labyrinthe, l’hydre hideuse impossible à vaincre ni à domestiquer par les humains.

Tout cela ne nous empêchera pas d’aller chercher quelques douzaines de Colchester ou de Zélande au café Maris qui vous propose également ses homards, foies gras, caviars d’élevage, victuailles dont vous auriez tort de vous priver tant qu’il en est encore temps… pour accompagner ces modestes douceurs, un bref passage au ‘Wine Square’ de Marco et Mélanie Dupont vous permettrait d’acquérir les flacons rares qui accompagneront vos agapes de fin d’année.

Cette opulence gastronomique crie évidemment vengeance au ciel si on se met à penser au 95 % de la population du globe qui n’auront rien à fêter d’autre que la banalité d’un quotidien misérable… des brisures de riz parfumées à la vanille, cuites dans de la méchante huile de palme avec quelques morceaux d’un poisson insipide dont personne ne voudrait sur les marchés malodorants.

Mais soyons indulgents pour ces jours de fêtes… tolérons cette dose d’indifférence nécessaire pour se goberger joyeusement tandis que d’autres repartiront comme ils sont venus, tristes, seuls, le ventre creux… un moment de honte est vite passé… Notre bon Pape François n’en saura rien, lui qui fustige, à juste titre, notre société de surconsommation, de luxe, d’abondance, de plaisirs, en nous recommandant dans son homélie de Noël la sobriété, la simplicité, le retour aux valeurs essentielles.

Pauvres pécheurs, nous ne pouvons pas être plus catholiques que notre bon Pape François… Nous devrions suivre ses conseils durant l’année et les ignorer ces quelques jours où ils dérangent nos festivités… Agissant ainsi, nous aurions déjà fameusement progressé sur les chemins faciles de la sobriété…

Après tout une indifférence passagère ne me choque pas outre-mesure… ce qui me rend fou de triste colère reste plutôt cette indifférence permanente, visible, généralisée, au sort de nos proches si défavorisés… Voilà qui m’est proprement intolérable.

Bonne année mes amis, oublions 2018, vivons ensemble 2019… elle ne sera pas pire. (VC 1.1)

Vilain Coco

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