La bourse pour les nuls

Des vastes plaines européennes, taïgas les plus reculées de Sibérie, marais-salants de Camargue en douce Provence, au pays de Mistral qui chante Mireille, l’obsédante jouvencelle des Saintes-Maries-de-la-Mer, de Saint-Rémy, Aix, Arles ou Aigues-Mortes, ne montent plus que les lamentations des bourgeois nantis qui pleurent leurs économies disparues ces derniers mois sur les grandes bourses de la haute finance internationale… le dernier ‘quarter’ est un désastre, l’avenir s’annonce plus sombre encore.Comment rétablir la confiance avec des Brexit, Shutdown, Gilets Jaunes, Europe en soins palliatifs, bagarre Chine-USA, le triumvirat diabolique Trump – Poutine – Xi Jinping, Taïwan en danger, le Moyen-Orient déstabilisé, Turcs contre Kurdes, Iran – Arabie Saoudite en guerre au Yémen…il faudrait un véritable miracle pour que les capitalistes-investisseurs revoient la vie en rose.

Les banquiers observent cette situation catastrophique avec la sérénité proverbiale qui les caractérise depuis le Moyen-Age… le discours officiel est prêt, rodé, répété en dogme de foi, usé jusqu’à la corde mais il n’en est pas de meilleur… le dogme fonctionne d’ailleurs à merveille depuis la fin de la guerre 40-45… on ne change pas une équipe qui gagne… le plus drôle dans ces logorrhées absurdes, c’est que ces Lombards n’ont pas complètement tort… En effet, à fort long terme, pour un produit quelconque, tout sera nécessairement plus cher demain que le prix d’achat de la veille.

Avec ce raisonnement imparable, à trente ans, vous devriez acheter vingt paires de chaussures, trente costumes de fine laine anglaise, quarante-huit chemises du meilleur coton, une centaine de bons caleçons molletonnés… Vous voilà ainsi équipé jusqu’à la tombe à des prix super-compétitifs pour l’entièreté de votre carrière ici-bas.

C’est exactement l’alléchante proposition du banquier… ‘devenez riche dans la tombe… vos héritiers vous en seront reconnaissants.’… Or, on n’a nul besoin d’être riche six pieds sous terre… vos héritiers ne vous en seront même pas reconnaissants, trop occupés à dilapider stupidement le capital qu’ils n’ont jamais été capables de gagner tout en maudissant votre avarice sordide qui les aurait privés d’une jeunesse dorée.

Le discours du banquier est illustré de bizarres comparaisons graphiques, d’indices irréfutables, de chiffres mystérieux, de textes abscons, de garanties fumeuses… Ces magiciens de la finance vous feraient prendre de la pisse de chameau pour un flacon de Cristal Roederer millésimé… Malheur à vous, votre portefeuille-titres ne correspondait finalement plus au portefeuille-type, base des graphiques et indices choisis pour emporter votre adhésion… les bases de l’indice sont d’ailleurs régulièrement revues et corrigées pour prendre en compte les différentes disparitions de sociétés moribondes… les anciens graphiques ne sont donc plus d’actualité… rien n’est plus démodé qu’un graphique de la veille.

En fait, l’investissement à long terme n’a d’intérêt que pour les Patriarches de la Bible, notamment Mathusalem qui aurait vécu 969 ans, une longévité assez courante dans le Grand Livre du Magasin des Cotillons… Ne perdez tout de même pas de vue que notre supercentenaire, Jeanne Calment, vient d’être accusée de n’être qu’une vulgaire tricheuse… cela devrait vous donner à réfléchir sur une espérance mathématique de vie constamment évoquée par la Bible dont s’inspirent nos banquiers désintéressés.

La deuxième fable du discours bancaire concerne la diversification… ‘Cher Monsieur, surtout nous ne mettrons pas tous nos œufs dans le même panier.’… ‘Souvenez-vous de l’affaire Fortis Banque lorsque 500.000 familles belges, à moitié ruinées, ont soudainement pris conscience de la raclée infligée par le Comte Maurice Lippens aux imbéciles heureux qui faisaient entièrement confiance au Président de la FEB, Fédération des Entreprises de Belgique, auteur du remarquable… ‘Code de Bonne Conduite dans les Affaires.’

Même Madame Irma, toute-puissante poissonnière de Knokke-le-Zoute, aura laissé en Fortis Banque le plus clair de son joli magot accumulé durant une vie de dur labeur en vendant, cinquante ans durant, des crevettes fraîches, des solettes de Zeebrugge, des cabillauds de l’Atlantique Nord, le tout d’une qualité indiscutable… Le rusé gestionnaire de fortune pavoise… ‘Comment pouvait-elle investir ses deux ou trois millions d’euros dans cette seule valeur de bon père de famille ?’… Madame Irma devait évidemment diversifier ce portefeuille évaporé qu’elle ne possède donc plus… trop tard, chère amie, on vous l’avait dit et répété.

Il y a quarante ans, sur les conseils de mon excellent ami, le Baron Jean Peterbroeck, j’avais racheté la part d’un membre dégoûté du club d’investisseurs baptisé… ‘Les Pères Prévoyants’…géré par ce qui est devenu plus tard la banque Degroof-Petercam… je me croyais à l’abri de toute mauvaise surprise n’ayant payé que la valeur actualisée, donc avec une décote de 50 %, par rapport à la valeur d’acquisition originale de cette part à laquelle j’ajoutais ponctuellement une obole d’environ 1.000 euros par mois.

Deux ans plus tard, malgré la décote enregistrée au départ, j’avais de nouveau perdu 20 % de mon petit capital économisé… Je pris alors la décision de quitter cette machine à perdre que j’avais alors proposé de rebaptiser… ‘Les Pères Imprévoyants’… à la grande rage contenue du Baron Gothique, Président de la Bourse de Bruxelles… Un autre club dénommé… ‘Les Abeilles Laborieuses’… connaissait le même sort que le nôtre… j’ignore les performances des ‘Fourmis Industrieuses’ ou des ‘Nègres Ouvriers’.

Moralité… si vous voulez être certains de perdre, lentement mais sûrement, vos maigres économies, confiez-les donc à vos ‘très chers’ banquiers en suivant leurs conseils absurdes de diversification dans la brillante stratégie du très long terme… Vos pertes ne sont alors jamais que leurs gains potentiels car ils font exactement le contraire de ce qu’ils vous recommandent…

Bien concentrés sur chaque marché porteur, leurs opérations s’enchaînent à la vitesse de l’éclair pour profiter d’une hausse ou d’une baisse, prendre en quelques minutes le profit net de leurs achats-ventes ‘Bull’, de leurs ventes-achats ‘Bear’… Vous, vous ne gagnez qu’à la hausse si vous aviez vendu… ces requins gagnent à la hausse comme à la baisse avec une vitesse de réaction qui ne sera jamais la vôtre…

Vous ne vendez pas ce qui monte parce que vous ne savez pas par quoi remplacer une aussi belle valeur qui grimpera au ciel… Vous ne vendez pas ce qui baisse estimant les cours trop dépréciés, vous n’en achetez pas non plus considérant que vous êtes assez engagé dans cette valeur perdante… Bref, vous ne faites rien…  la guillotine vous tend alors les bras.

Si cette indispensable réactivité vous ennuie, engagez donc les services privés d’un bon trader professionnel… Si tout vous ennuie, achetez alors de l’immobilier… C’est le pire des placements illiquides sauf les 2-3 % de rendement net locatif… mais au moins, à condition d’être encore vivants, revendrez-vous dans trente ans vos belles briques au prix d’une luxueuse paire de chaussures neuves, jamais utilisée, de préférence ‘Church’ ou ‘Walton’, que vous auriez conservée dans sa boîte d’origine depuis la fin des année 1980.

Gérer de l’argent demande bien plus de soins immédiats que de le gagner. (VC 1.1)

Vilain Coco

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