La qualité n’a pas de prix

par Jean-Claude Logé

Je vous écris depuis ma Casamance adorée, ensoleillée, dans laquelle je peux enfin revenir l’ayant quittée en avril dernier avant de recevoir un jugement de divorce inique, incroyablement favorable à mon ex-épouse criminelle… tout revient lentement dans l’ordre devant la Cour d’Appel de Ziguinchor qui statuera de nouveau fin janvier sur différentes questions importantes dans cette aventure rocambolesque depuis le 21 mai 2016… Mon Hiroshima-Nagasaki.

La semaine dernière, invité par un ami riche dans une maison de bouche, j’apprenais cette bonne nouvelle sénégalaise à la table du restaurant ‘Le Passage’… une excellente adresse d’Uccle, des menus à prix raisonnables, une superbe carte de vins, une addition entre 50 et 100 euros le couvert en fonction de la qualité des bouteilles… Comme ce n’est pas moi qui invitait, je m’en suis donné à cœur-joie sous l’œil approbateur de mon généreux ami fortuné.

Je ne bois plus d’alcool depuis janvier 2018 avec une exception pour les grands crus qui me seraient offerts, lesquels ne sont plus dans mes moyens actuels… les grands vins ne se boivent d’ailleurs qu’avec modération pour ne pas exploser l’addition du restaurant qui vous les facture à trois fois le prix de vente dans un magasin de détail… une excellente raison de ne pas se laisser aller à des excès condamnés par la police comme par mon avarice naturelle.

En consultant la carte des vins, je tombe sur un texte remarquable qui tente de m’expliquer les raisons pour lesquelles un bon restaurant se doit de vous facturer des prix qui lui permettent de simplement survivre… j’ai adoré cette prose naïve qui résume tellement bien à quel point il devient difficile, parfois même impossible, d’entreprendre encore quoi que ce soit de constructif dans ce royaume de Gotha devenu un véritable enfer administratif, juridique, fiscal, économique…

En notre nom à tous, j’ai félicité le patron-entrepreneur et son épouse de leur courage d’expliquer clairement à la clientèle les raisons pour lesquelles entreprendre en Belgique relève de la folie créative qui anime encore cette élite sans peurs et sans reproches… Par pitié, épargnez-moi vos commentaires sournois sur ce pays qui adorerait ses entrepreneurs… Il les déteste viscéralement mettant tout en œuvre pour orchestrer la disparition de cette race originale qui perturbe les habitudes médiocres de l’immense majorité d’imbéciles dont elle est entourée.

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer in extenso le texte admirable rédigé par les patrons du restaurant… ‘Le Passage’ à Uccle :

‘Le saviez-vous… Lorsque vous payez l’addition, vous payez bien évidemment la marchandise qui est dans votre assiette… Mais vous payez également… les salaires du personnel, les charges sociales, l’ONSS, les congés payés, les primes de fin d’année, le précompte professionnel, le loyer du bâtiment, le précompte immobilier, les assurances diverses, le gaz, l’électricité, l’eau, la taxe sur les eaux usées, le jardinier, l’entretien des locaux, Bruxelles Propreté, la Sabam, la rémunération équitable, les frais de téléphone, la médecine du travail, les frais de l’expert-comptable, l’enlèvement des immondices, le contrat de maintenance de l’alarme, le contrat informatique, la patente alcool, la TVA, le coût d’enlèvement des huiles usées, la Fédération Horeca, taxe de solidarité, taxe sur les sociétés, le service, le paiement du dépôt à la Banque Nationale, les frais de bureau, l’impression des notes TVA, les fournitures papiers et cartes-menus, les timbres postes du courrier, le remplacement de la vaisselle cassée, les produits d’entretien, la blanchisserie, le secrétariat social, l’INASTI, la publicité éventuelle, le contrat relation de presse, le site Internet, l’AFSCA, les frais bancaires, le contrôle annuel AIB, le contrôle des pompiers, les vêtements de travail, la nourriture et les boissons du personnel, le nappage, la location du terminal cartes de crédit, les commissions des organismes de cartes de crédit, le coût du stockage des vins, les étrennes de fin d’année… et s’il reste un peu de bénéfice, l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur les personnes physiques… Malgré cela, nous aimons notre métier et faisons de notre mieux pour vous servir…’ ”www.lepassage.be.

Bravo Messieurs, je vous tire mon chapeau, vous avez du courage… je vous tire d’autant plus volontiers ce coup de chapeau que j’ai rarement aussi bien déjeuné… les huitres gratinées au champagne était une pure merveille, le turbotin sauce hollandaise était un régal… Un Rochemorin blanc en Graves, Pessac Léognan, avant un Roc de Cambes, cette superbe Côte de Bourg que je retrouve toujours avec le même plaisir depuis plus de vingt ans déjà… Globalement un repas de rêve, dans un cadre soigné, pour un prix que j’ignore puisque j’étais invité mais un prix indiscutablement justifié par les nombreuses qualités de cette adresse que je vous recommande chaudement.

Que les vrais entrepreneurs aillent se ressourcer dans ce genre de restaurants, retrouver leurs forces nécessaires pour repartir au combat, partager leurs expériences inquiétantes avec des professionnels qui connaissent le même genre de difficultés concoctées par des armées de fonctionnaires aux aguets pour venir les emmerder… voilà qui est réconfortant…

Dès mon retour en Belgique, je retournerai souvent dans cet établissement d’une sobre perfection, un cadre idéal aux brillantes élucubrations intergalactiques d’un hédoniste mercantile gastronome… il faut se ménager ces plages d’accalmie, de repos bien mérité, pour que l’esprit retrouve toute sa force de percussion dans les dossiers de l’heure… la table, le sport, la musique, la lecture, les amis, sont les meilleurs dérivatifs de l’entrepreneur surmené qui refuse d’exploser en plein vol.

La vie est belle pour ceux qui savent la conduire vers les sommets, ces sommets enneigés d’où l’on peut souvent observer les sombres vallées noyées sous un couvercle de nuages gris… Pourtant là- haut le soleil silencieux brille de tous ses feux… En fait, il suffisait de monter pour profiter de ce spectacle grandiose réservé à ceux qui savent se faire mal… le masochisme salutaire des entrepreneurs que je célèbre depuis plus de quarante ans sans jamais avoir été entendu… tant mieux pour nous, tant pis pour les autres.

La qualité n’a pas de prix, il faut se contenter de peu mais toujours du meilleur. (VC 1.1)

Vilain Coco

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