Salir l’église des hommes

Depuis vingt siècles l’Eglise Catholique nous pollue l’existence avec ses fables, ses textes sacrés apocryphes, ses apparitions, ses miracles, ses interdits, ses mises à l’index, ses excommunications, ses croisades, ses conquistadores, son prosélytisme, ses bains de sang, ses bûchers, son inquisition, ses guerres de religions, ses procès en sorcellerie, ses dogmes imbéciles, ses cachotteries dissimulées dans des kilomètres d’archives vaticanes surveillées par les plus hautes autorités de la vieille secte gagnante.

Une autre constante à travers ces siècles d’absolue domination ecclésiastique catholique reste les habituels comportements sexuels, normaux ou déviants, d’un clergé qui s’assied volontiers sur ses impossibles vœux de célibat imposé comme ceux de la pratique d’une chasteté mortifère… Toute cette comédie n’abuse d’ailleurs plus personne sauf les aveugles, les bigots, quelques intégristes hallucinés.

Bref, il n’y a plus moyen de salir cette Eglise tant elle s’est grossièrement salie elle-même… L’Eglise n’a d’ailleurs pas le monopole de cette saleté qui imprègne généralement la plupart des œuvres humaines… malheureusement trop humaines… comme le soulignent toujours mes amis Friedrich Nietzsche et Michel Onfray, son meilleur héritier direct.

Mais le fond du problème n’est pas tellement la pathologie sexuelle de l’Eglise… ce qui m’est insupportable, c’est ce masque de la vertu outragée, cette fiction d’autorité morale dans laquelle elle se drape pour prêcher sa moraline à deux balles à de fidèles zozos qui avalent cette infecte purée comme si c’était du caviar iranien.

La Justice française, soudainement courageuse, vient de condamner Philippe Barbarin, Primat des Gaules, Cardinal, Archevêque de Lyon, à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les agissements pédophiles du Père Bernard Preynat, l’aumônier d’une vague troupe scoute de Lyon dans laquelle il recrutait aisément ses mignons… Comme de coutume, on a tenté d’étouffer le scandale qui n’en est qu’un parmi tant d’autres… après Marcinkus, McCarrick, George Pell, Luigi Ventura, l’Opus Dei… restons-en là, l’énumération serait trop longue.

Philippe Barbarin n’a d’ailleurs fait que perpétuer la bonne vieille tradition, imaginant naïvement que son silence suffirait comme d’habitude à éteindre l’incendie… ‘Il savait mais il n’a rien dit’… l’ennui c’est qu’ils le savent tous et qu’ils ne disent rien… Non seulement ils ne disent rien mais, en plus, ils le cachent, ils ne le dénoncent jamais, ils se retranchent ensuite derrière de longues procédures dilatoires pour éviter d’indemniser des victimes à qui ils offrent charitablement les douces consolations de leurs pieuses prières… Avare de ses gros sous, l’Eglise est très généreuse de ses prières.

L’Eglise catholique américaine est pratiquement en faillite tellement elle a été condamnée… elle est obligée de brader les bijoux de famille pour payer ses avocats, indemniser ses victimes, mais elle persiste, à coup de millions de dollars, à se battre en justice alors qu’elle sait pertinemment bien qu’il ne s’agit pas d’une affaire judiciaire mais du simple respect de la morale la plus élémentaire.

Au lieu d’accepter sa sentence méritée, de démissionner purement et simplement, sans en appeler à l’arbitrage du bon Pape François… qui est encore bien fichu de le maintenir à son poste… Philippe Barbarin semble maintenant vouloir interjeter appel de ce récent jugement trop indulgent au lieu de suivre, de sa propre autorité, l’excellent exemple du précédent Pape démissionnaire, Benoît XVI… Qu’ils se regroupent donc tous dans un confortable couvent de religieuses pour prier, si c’était utile, en réfléchissant à leurs conduites moralement inqualifiables depuis leurs accessions aux honneurs empourprés.

Comme Philippe Barbarin, Benoît XVI était parfaitement informé du désastre de son Eglise minée par les scandales sexuels… Un de mes amis proches, député belge, avait même fait le voyage au Vatican pour rencontrer Joseph Ratzinger qui n’était encore à cette époque que le grand patron de la ‘Congrégation pour la Doctrine de la Foi’… Le message de mon ami sur les déviances de l’Eglise de Belgique était édifiant mais, sans nullement s’en émouvoir, son brillant interlocuteur lui avait alors chaudement recommandé le silence le plus absolu compte tenu des dangers qu’il encourait en répandant de tels propos infâmes… Heureusement pour lui, mon ami est décédé naturellement depuis lors.

Il faut d’ailleurs saluer ici le courage des juges français qui n’ont pas hésité à aller au-delà des réquisitions du Parquet, lequel ne demandait aucune peine malgré la gravité des faits volontairement occultés… ‘La France, fille aînée de l’Eglise’ n’aime pas trop se mêler des lessives du linge sale de son clergé… Attaquer l’Eglise, c’est presque attaquer la République… En effet, comme l’Eglise, l’Etat français utilise le secret, le silence, l’hypocrisie, la manipulation, les procédures dilatoires, les farces et attrapes du ‘Grand Débat National’ pour tenter de calmer la colère justifiée des Gilets Jaunes.

Le problème de toutes ces vieilles ficelles des divers pouvoir c’est qu’elles fonctionnent de moins en moins bien dans des sociétés modernes interconnectées… les ploucs exigent dorénavant la transparence, le respect de leurs désiderata, une véritable justice sociale… Dans un tel contexte de révoltes populaires, les méthodes classiques ne démontrent plus que leurs limites explosées…

Diriger un Etat, une Multinationale, une Eglise, exigera dorénavant une adaptation radicale à la nouvelle réalité d’un monde en ébullition… persister à vouloir l’ignorer, comme le font nos élites, ne servira plus à rien… il ne s’agirait plus alors que d’un combat retardateur, annonciateur de terribles catastrophes qui se profilent déjà de toute évidence.

Tous ces grands décideurs… politiques, économiques, financiers, religieux… devraient rapidement se rencontrer pour faire ensemble le constat navrant de leurs échecs dans tellement de domaines, reconnaître les signes clairs de l’agonie programmée d’un système ultra-libéral moribond, définir les lignes fortes d’un nouvel Ordre Mondial qui mettrait le véritable bien-être de ‘l’humain’ au centre de toutes ses décisions.

Utopie, me direz-vous ? Je dois bien en convenir à mon âge, revenu de tout sans plus croire à grand-chose… Au moins, vous aurais-je prévenus… Si nous ne donnons pas une chance à une nouvelle grande utopie, nous sommes alors tous assis sur une bombe à fission qui va rapidement nous exploser sous les fesses… elle va faire très mal, très vite, donc je vous rassure… ce ne sera bientôt plus mon problème.

A bon entendeur toujours indifférent, mes salutations très distinguées. (VC 1.1)

Vilain Coco

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