La vérité de l’injustice

Après la superbe ‘Défense de nos Valeurs’, la trop fameuse… ‘Je fais confiance à la Justice de mon pays’… est une affirmation éminemment drolatique qui se comprendrait mieux si elle signifiait plus simplement… ‘Je ne fais pas confiance à la justice d’un autre pays’… ce serait déjà plus défendable… Effectivement, la manière lamentable dont la Justice fonctionne dans notre pays ne devrait pas nous donner grande envie d’aller la tester à l’étranger… mieux vaut d’ailleurs nous en tenir à bonne distance si c’était possible.

Evidemment, pour ceux qui ont goûté aux justices maghrébines ou africaines, il va de soi que nos piètres tribunaux européens font bonne figure… Parfois, on finirait même par se croire dans des états de droit… une illusion soigneusement entretenue par l’incapacité de notre justice à simplement la prononcer dans des délais acceptables, des échéances incompatibles avec les attentes normales de ses malheureux justiciables.

Rendre la justice dans les délirants timings actuels s’assimile plus à un déni de justice qu’à ce que devrait être cette justice dans un soi-disant démocratie de droit… vous me direz qu’il vaut mieux un bon jugement dans un délai long qu’un mauvais jugement dans un délai court… ce n’est pas complètement faux mais alors que dire de pas de jugement du tout, voire de jugements exécrables dans des délais inacceptables ?

Je regardais récemment un reportage sur la condamnation du Cardinal Philippe Barbarin avec le commentaire réservé d’une association de victimes d’agressions sexuelles… ‘La Parole Libérée’… son responsable se félicitait d’avoir osé se lever, parler, dénoncer des faits odieux qui recevaient enfin leur juste condamnation… En déduirions-nous qu’il faudrait encourager toutes les victimes à faire de même ?

Un psychiatre interrogé recommandait au contraire aux victimes de se concentrer sur leur propre reconstruction, de tourner une page aussi douloureuse, d’éviter de ruminer de telles épouvantables blessures pour retrouver une joie de vivre, une apaisante ‘sérénité’ que l’application de la Justice des hommes ne leur apporterait certainement pas…

Dans le triste contexte judiciaire actuel, je ne peux pas donner tort à ce médecin psychiatre… la bataille est trop longue, trop décevante, trop injuste, trop coûteuse, pour la toute grande majorité des gens qui n’ont pas la force voulue de caractère, encore moins les moyens nécessaires, pour espérer faire aboutir leurs justes revendications.

Il ne faut pas sous-estimer le fait que la justice, dans sa forme présente, fait plus de victimes innocentes qu’elle ne sanctionne de coupables… des coupables qu’elle ne juge pas, qu’elle juge mal ou qu’elle juge si lentement sans aucunement se soucier des souffrances inimaginables qu’elle inflige à ceux qui sont victimes de ses carences.

Après avoir été escroqués, trahis, diffamés, menacés, violés, devoir en plus se taper les doutes normaux, les questions intimes, les maladresses administratives, les expertises, les lenteurs, les reports, les plaidoiries de la partie adverse, les dépenses hallucinantes de ces procédures qui n’en finissent pas de se prolonger pour laisser les victimes groggy, détruites, anéanties, souvent financièrement, voire professionnellement, complètement ruinées.

Voilà bien le prix à payer de cette… ‘Parole Libérée’… Que les plus solides libèrent leur parole, soit… Que les autres restent surtout bien chez eux, silencieux, avant de déclencher sur leurs têtes le tonnerre des orages dont ils mesurent très mal la violence.

Jeune adolescent dans la troupe de scouts handicapés créée par Georges Halot, j’avais subi une tentative de viol nocturne de mon chef-intendant dont je partageais la tente… j’avais osé aller m’en plaindre le lendemain chez Georges Halot, notre chef de troupe… la sanction de l’innocence a été immédiate… renvoi du camp scout avec information immédiate donnée à mes parents en prétendant que j’aurais volé 64 francs belges dans la caisse de l’intendance… Personne ne m’a cru, l’incident était clos… le temps de l’oubli a fait son travail habituel de cicatrisation.

Il m’arrive parfois de croiser ce visqueux individu blanchi par ses pairs… Il se garde bien de me reconnaître depuis qu’il s’est refait une virginité dans un mariage bourgeois avec une nombreuse progéniture à qui je souhaite de ne jamais connaître les mêmes chocs émotionnels que ceux que voulaient me faire subir leur père, descendant d’une grande famille de tout petit ‘de’.

La vérité est une notion tellement relative… ce qui nous semble d’évidence être la vérité n’est pas nécessairement celle que voit la justice dans son miroir déformant, son jeu d’ombres et de lumières… une simple vérité toute blanche décomposée dans le prisme chromatique d’une autre vérité frelatée, celle que plaideront des cohortes d’avocats-défroqués qui feront de vous un méchant portrait souillé vous donnant une irrésistible envie de démolir leurs sales gueules de robins dévoyés.

Votre parole a été libérée ? Permettez donc maintenant qu’ils libèrent leurs crachats à vos dépens… Bon amusement dans les prétoires en écoutant les élucubrations sordides de types comme Sven Mary, Sébastien Courtoy, Henri Laquais, Michel Graindorge, Bruno Moulinasse, Marc Dal, Odette Haas, Jean-Christophe Brouwers, Jacques Vergès, tant d’autres pour qui vos souffrances ne sont rien d’autre que de confortables sources d’honoraires pour mieux vous détruire psychologiquement.

Au lieu de se révolter contre cet état de fait, le système judiciaire semble se délecter de ces interminables pantalonnades qui alimentent leur grande lessiveuse judiciaire dans laquelle vous vous débattez à vos frais… pour en sortir dans quel état ?

La morale de cette fable n’est pas qu’il faudrait absolument se taire mais plus simplement qu’il faut avoir la clairvoyance d’en mesurer les lourdes conséquences avant de décider de parler librement comme le suggèrent des associations du genre… ‘Parole Libérée’… ‘Balance ton Porc’… ‘MeToo’… Sachez tout de même que les conseilleurs ne seront certainement pas les payeurs quand surviendront les emmerdements prévisibles.

Parler demande un courage qui n’est pas celui d’une majorité de gens, lesquels préfèrent généralement le vieil adage populaire… ‘Pour vivre heureux, vivons cachés… ou couchés’… c’est lâche, c’est moche mais c’est la norme la plus courante… je ne l’aime pas mais je peux parfaitement la comprendre.

Faites vos jeux, j’ai fait les miens. (VC 1.1)

Vilain Coco

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